Article mis en avant

Agenda des mots : « Christian Dotremont, Peintre de l’écriture »

À l’occasion du centenaire de la naissance du poète et peintre belge Christian Dotremont, les Musées royaux des Beaux-Arts et les Archives & Musée de la Littérature lui consacrent une exposition exceptionnelle. Plus de 120 œuvres sur papier mettent en lumière sa saisissante création graphique, oscillant entre écriture et peinture.

Continuer de lire « Agenda des mots : « Christian Dotremont, Peintre de l’écriture » »
Article mis en avant

Un « peu de chose » sur l’auteur de ce blog.

JOACHIM ou JOAQUIM

« Joachim s’installe facilement. Il est posé. Joaquim n’est pas homme à s’inquiéter. Même si. Il y a quelque chose, des nœuds peut-être, qui s’est dénoué, et dans le ventre c’est comme un lac de montagne. Finies les vagues fracassantes et les bords de falaise. Joaquim marche doucement sur des chemins de terre, ou de cailloux, entre les arbres, il aime ça l’ombre des feuilles, l’odeur d’humus, les bruissements et les chants d’oiseaux, c’est presque le silence. C’est un homme de silence, même si. Il y a des mots à dire, des mots à écrire, oui oui, à écrire, il y pense parfois, pensée distraite, et attachante. Joaquim respire. Une chose à la fois. Pas de pression, c’est bon, pas de pression. Quelque part, un après-midi d’automne, sous un hêtre, un rayon de soleil, un souffle de vent, s’est là sa place. » – Fidéline Dujeu – [5 mai 2018 – Charleroi – « Chez Raoul »]

Continuer de lire « Un « peu de chose » sur l’auteur de ce blog. »

Nick Hunt – Où vont les vents sauvages (Extrait) [Gallimard // 2020]

LA BORA

Une heure après, le baraquement était transformé. Les amis de Tomaš étaient arrivés au même moment qu’un nouveau groupe important – il devait y avoir quarante personnes en tout – et la petite pièce lambrissée était bondée d’hommes pleins d’entrain aux crânes rasés et des femmes désopilantes, qui descendaient les verres de rajika les uns après les autres. La chaleur des corps était intense. Les packs de rationnement équilibrés d’un point de vue nutritionnel n’auraient clairement pas leur place, avec ces gens : dans le plus pur style des Balkans, ils avaient gravi la montagne armés de sacs d’oignons, de pommes de terre et de plusieurs poulets. Bientôt, une odeur de ragoût au paprika se mêla à la puanteur de bottes fumantes et de vêtements en train de sécher au-dessus de al cuisinière, jusqu’à ce que l’air devienne si dense que l’on pouvait pratiquement la mâcher. Les tables étaient chargées de fromages de chèvre, de pickles, de pršut, de viandes fumées, de blocs de graisse et d’une inquiétante collection de bouteilles d’alcool fait maison. Je me sentais moins invité à les rejoindre qu’enveloppé par leur masse. Je m’assis pris en sandwich entre Tomaš et un énorme gaillard à la barbe blanche que tout le monde surnommait Père Noël, mais qui se comportait davantage comme un seigneur de guerre médiéval : entre les moments où il beuglait des chants populaires patriotiques et où il suçait des pattes de poulet, il dansait triomphalement au centre de la salle de banquet en frappant le sol avec ses bottes et en sifflant à rompre les tympans. Le météorologue était installé près de la porte, l’air clairement abasourdi. Habitué à passer quatre ou cinq semaines seul durant l’hiver, l’invasion de quarante soiffards rugissants devait lui faire un certain choc.

Continuer de lire « Nick Hunt – Où vont les vents sauvages (Extrait) [Gallimard // 2020] »

Marianne Ginsbourger – Voix de l’inouï, le travail de la voix au Roy Hart Théâtre, hier et aujourd’hui (Extrait) [Le souffle d’or // 1996]

Le Roy Hart Théâtre ne se présente donc pas comme un théâtre militant : il ne se charge d’aucune mission vis-à-vis du public. Son seul souhait, une société meilleure, passe par une sensibilité accrue aux autres, par une évolutions des relations personnelles ; aussi reprend-il à son compte la formule de Martin Buber, « La forme la plus élevée de l’art est la relation Je-Tu » Rien, donc, des préoccupations sociales et politiques du théâtre épique. Ainsi, lors d’une tournée en Espagne en 1971, a-t-on reproché aux acteurs de se commettre avec le régime franquiste* : la libération de ce pays reposait d’abord, selon eux, sur la libération de l’individu, celui-ci devant acquérir la lucidité suffisante pour lutter contre le pouvoir en place. Proclamer dans le prologue de leur pièce que « Chaque individu est indispensable / irrem-pla-ça-ble / Chaque individu dans l’individu est indispensable / irrem-pla-ça-ble » n’entamait-il pas, sans équivoque possible, l’idéologie totalitaire ? Plutôt que de déployer un dispositif militant concerté, les membres du Roy Hart Théâtre entendent dresser le bilan de ce leur a apporté leur travail uni dans une forme créative, être eux-mêmes et proposer à ceux qui les « aiment de les suivre ». Il n’iront pas ver ce que le spectateur attend mais en se livrant à une exploration authentique de leur univers intérieur le plus enfoui, en l’absence de toute complaisance narcissique, ils espèrent déclencher, par contagion, chez les spectateur bouleversé, comme irradié, un processus d’auto-exploration et de découverte personnelle. Ils ont ainsi attiré plusieurs nouveaux membres … mais n’ont-ils pas, avec ceux -là prêché des convertis ? Le spectateur moyen est-il prêt à ce type de démarche ?

Continuer de lire « Marianne Ginsbourger – Voix de l’inouï, le travail de la voix au Roy Hart Théâtre, hier et aujourd’hui (Extrait) [Le souffle d’or // 1996] »

Aharon Appelfeld – Histoire d’une vie (Extraits) [Editions de l’Olivier // réédition 2021]

La prière est murmurée, presque inaudible. Grand-père prie les yeux fermés et la lumière des bougies vacille sur son front. Tous les fidèles sont plongés dans la prière. Pas moi. Je me suis curieusement souvenu de la ville, des rues humides après la pluie. En été éclatent des orages. Papa m’entraîne dans les ruelles étroites d’une place à l’autre. Papa ne vas à la synagogue. Il a soif de paysages naturels, de constructions extraordinaires, d’églises, de chapelles, de troquets où l’on sert le café dans des tasses de porcelaine fine.

Continuer de lire « Aharon Appelfeld – Histoire d’une vie (Extraits) [Editions de l’Olivier // réédition 2021] »

Pierre Puttemans – Les carnets de Jean Avijl (extraits) [Editions Montbliard // 1959]

Sur scène, au moment où nous nous y attendions le moins, deux femmes pis que nues, lançant des noms de villes aux visages déjà exsangues des spectateurs. Plusieurs bondissent le sexe tendu. D’autres étouffent sur place – du sperme est perdu – on s’écrase. Mais elles, imperturbables, alignent des noms de villes, à voix haute, détachant les syllabes : Vancouver – San Francisco – on n’entend plus qu’Elles et c’est un long silence encore qui suivra leur disparition.

Continuer de lire « Pierre Puttemans – Les carnets de Jean Avijl (extraits) [Editions Montbliard // 1959] »

Intermède musical (2)

En este corte de la serie « EL ÁNGEL » de Ricardo Pachón, podemos ver un extraordinario e irrepetible documento audio visual en el que intervienen grandes artistas del cante del toque y del baile: Las hermanas e hijas del jerezano Manuel Torre Amparo y María Torre, Pepe Ríos, Joselero de Morón, Juan y Paco del Gastor, El Andorrano, Fernanda y Bernarda de Utrera, Paco Valdepeñas, Pepa … Continuer de lire Intermède musical (2)

Xavier Galmiche – Le poulailler métaphysique (Extraits) [Le Pommier // 2021]

Exercer un droit de mise à mort sur ses bêtes est un usage lourd de conséquences, mais se tromper de cible est une expérience dérangeante, comme l’est, à l’instant du sacrifice, un faux mouvement qui prolonge la souffrance (l’un et l’autre arrivent). Certes, on l’oublie (ou non); certes, on lui trouve des justifications (ou non); mais cela rejoint le fonds de remords et de scrupules dont l’âme humaine, depuis la première faute d’enfant, ne cesse de trembler confusément, de plus en plus fort à mesure que les autres s’y entassent: bévues, maladresses et gaffes, oublis coupables, mauvaises actions, délits, crimes peut-être. Péchés. On ne se dédouane pas de ses basses œuvres, même en calculant qu’à la fin on sera probablement victime d’un coup du sort tout aussi immérité, qui épongera d’un coup la dette, ou même qu’on souffre continûment d’une telle injustice depuis que l’on est en vie (la voisine, A., à qui je reprochais sa façon d’égorger ses canards en les laissant, accrochés par les pattes, se vider longuement de leur sang: « Et moi, on m’a demandé, quand j’avais mal? »)

Continuer de lire « Xavier Galmiche – Le poulailler métaphysique (Extraits) [Le Pommier // 2021] »